Solidaires du monde Créer son blog Se connecter Signaler un abus Retour sur le portail

18.05.2010

Awa... son histoire me touche.


585.1273911455.JPG

Le docteur Ould Abdelhamid est un homme très occupé. Chef de service dans cet hôpital qui soigne une très grande partie des malades de Nouakchott, capitale de 800 000 habitants. En plus de ses grandes responsabilités, il travaille régulièrement avec l’ONG française, Rencontres africaines. Cette Association soigne des enfants africains dans des situations particulièrement graves, lorsque les médecins locaux n’ont pas les moyens de leur venir en aide. « Notamment dans les cas de malformation cardiaques », m’explique Isselmou Ould Abdelhamid.

Or, ce médecin mauritanien se trouve confronté à un grave problème : il a transmis à Rencontres africaines le dossier d’une petite fille qui a besoin d’être opérée d’urgence en France. Mais « elle a été jugée trop âgée. Priorité est donnée aux plus jeunes » m’explique-t-il.

A la question « Quel est l’âge de cette enfant ? », il me répond « quelques mois ». En fait, elle a quatorze mois. Il ne veut pas se résoudre à laisser mourir cette petite « à petit feu ». Awa serait condamnée parce que sa mère est arrivée quelques mois trop tard à l’hôpital ? Mais sa maman, une jeune Peule, habite dans un village isolé. Aucun médecin local n’a pu diagnostiquer rapidement une malformation cardiaque. Maïmouna, la mère de l’enfant est debout, dans le couloir de l’hôpital. Sa petite fille, Awa, serrée dans ses bras.

Maïmouna a l’air épuisée. Elle a quitté, il y a plusieurs mois, son village situé à 600 kilomètres de là. Depuis elle erre dans l’hôpital et dans la ville avec sa fille dans les bras. Lorqu’elle veut laver Awa, elle la trempe dans un petit seau d’eau mis à sa disposition par le personnel médical de l’hôpital.

Maïmouna la Peule s’exprime uniquement dans sa langue maternelle. Mais elle communique à merveille avec ses  sourires et ses yeux humides et brillants. Une infirmière peule, elle aussi, traduit ses propos en français. Dans son village très pauvre, elle vit d’un peu d’élevage. Maïmouna dit qu’elle est « vieille ». Elle a 34 ans. Malgré la fatigue, Maïmouna veut toujours se battre, tout tenter pour ne pas perdre Awa, sa deuxième enfant. Maïmouna m’explique qu’elle compte sur moi pour trouver une solution, « avec mes relations ». Je ne connais aucun chirurgien. Mais comment le lui dire ? Je préfère taire la vérité. Maïmouna explique qu’elle est épuisée : elle est en train de « tomber malade ». Elle ne dort pas la nuit. Son visage exprime sa grande fatigue et sa grande lassitude.

Je parle avec son médecin. Mais je ne vois vraiment pas ce que je peux faire. J’hésite. Attendre d’être en France pour chercher des contacts. Mais il s’agit d’une urgence médicale. Ai-je le droit de perdre du temps ? Dois-je en parler sur le blog ? C’est difficile d’évoquer ce genre de questions sans être accusé de sombrer dans le pathos ou le voyeurisme. Certains vont dire et écrire : « On ne peut pas aider la terre entière. Toute la misère du monde etc… ». Pourquoi cette mère de famille plutôt qu’une autre ? En même temps, faut-il laisser mourir Awa, une petite fille de quatorze mois, sans rien tenter ?Maïmouna me demande de la prendre en photo. Avec Awa. Mais Awa somnole comme souvent. Puis, la fillette se réveille brusquement. Maïmouna retrouve le sourire.

Je me dis que ce blog a aussi vocation à créer des ponts entre le Nord et le Sud. Pourquoi ne pas aider la petite Awa à accéder aux soins disponibles au Nord ? Le docteur Isselmou Ould Abdelhamid m’invite à communiquer toutes ses coordonnées. Son mail et son portable. Très consciencieux, il veut vraiment aider cette enfant. Voici son courriel : Isselmou.ouldabdelhamid gmail.com. C’est peut-être une simple bouteille jetée à la mer. Mais espérons tout de même qu’elle arrive à bon port.

Pierre Cherruau

Journaliste et écrivain, chef du service Afrique de Courrier international. Pierre cherruau effectue régulièrement des reportages sur ce continent. Passionné de course à pied, il est aussi marathonien à ses heures perdues et amateur de voyages au long cours.

Écrire un commentaire